Le but propre du cheval
Le changement le plus radical dans une relation entre l'humain et le cheval est peut-être celui-ci : le cheval n'existe pas seulement à l'intérieur du plan de l'humain. Il a sa propre vie, son propre monde social, ses propres préférences, ses propres rythmes, ses propres façons de chercher la sécurité, le confort, le mouvement, le repos, la nourriture, le jeu, la compagnie et la distance.
Cela paraît évident, jusqu'à ce qu'on le prenne au sérieux.
Beaucoup de systèmes équestres décrivent le cheval par son usage : cheval de selle, cheval de compétition, jument reproductrice, cheval d'école, cheval à la retraite, cheval à problèmes, cheval de compagnie. Ces descriptions peuvent être pratiques, mais elles risquent de placer discrètement le cheval dans une catégorie humaine avant même que sa vie propre ait été observée.
Equine Notion commence ailleurs. Le cheval n'est pas d'abord une fonction. Le cheval est d'abord un centre vivant d'expérience.
Un but sans utilité humaine
Dire qu'un cheval a son propre but ne signifie pas lui inventer une destinée mystique. Cela signifie reconnaître que sa vie a de la valeur même lorsqu'elle ne produit rien pour les humains. Brouter en compagnie d'un autre, choisir l'ombre, éviter le conflit, se tenir à l'écart, initier le jeu, se reposer en synchronie ou surveiller le pré ne sert peut-être aucun projet humain, mais tout cela appartient au monde du cheval.
Quand les humains ne valorisent que l'usage, une grande partie de la vie du cheval devient invisible. Les heures calmes sont traitées comme un espace vide entre les activités humaines importantes. Mais pour le cheval, ces heures sont la vie même.
Une relation devient plus vraie lorsque l'humain apprend à valoriser ce que fait le cheval quand personne ne lui demande rien.
Ce que cela change
La question passe de « Que puis-je faire avec ce cheval ? » à « Que fait déjà ce cheval de sa vie ? »
Cette question ouvre d'autres observations. Qui choisit-il ? Où se tient-il ? Quand se déplace-t-il ? Quel itinéraire préfère-t-il ? Qu'évite-t-il ? Quel genre de présence humaine le fait se détendre, et quel genre le fait disparaître intérieurement avant même qu'il ne s'éloigne physiquement ?